La lune du Sri Lanka

C’est un lundi soir dans un hôtel de Roissy que le voyage commence. Nous prenons l’avion le lendemain matin. Nous sommes venus en voiture. Le train a été annulé suite aux dégâts causés par la tempête qui a soufflé toute la journée. Nous fêtons notre départ autour d’un burger et trinquons d’un verre de vin rouge au restaurant de l’hôtel. Nous n’avons pas traîné. La conversation de la table d’à côté tournait autour des déboires de nos hommes politiques et parasitait notre joie de partir. Nous retournons à notre chambre où la lune peinte au-dessus de notre lit veille sur notre sommeil.

Il y a des rendez-vous que l’on ne veut surtout pas manquer. Nous voici déjà à la porte d’embarquement C87 du Terminal 2 pour une heure d’attente avant le décollage. On attend beaucoup dans les aéroports, on fait la queue aussi. La transition n’est pas désagréable. Elle nous donne le temps de réaliser le chemin que nous allons parcourir, les milliers de kilomètres, les heures de vol, les files d’attente, les contrôles parfois interminables à passer. Pour patienter, on traîne dans un café, dans les rayons du Duty Free, dans les allées où se côtoient tous les magasins de luxe de la planète, on croise toutes les nationalités. Nous avons déjà fait la connaissance d’un jeune couple qui fait partie de notre groupe et nous les retrouvons au hasard de nos déambulations. L’attente fait partie du voyage.

Çà y est ! Dans 10 minutes, nous décollons. Dans l’avion, nous avons retrouvé une autre voyageuse du groupe. Nous nous mettons à l’aise pour dormir pendant les 9 heures de vol jusqu’à Bombay où nous débarquerons en pleine nuit. L’air épicé de l’appareil nous donne un avant-goût de l’Inde et je découvre l’écriture du pays sur le plan de vol affiché à l’écran, face à mon siège. Les lettres mystérieuses sont suspendues à des traits horizontaux. Un peu comme nous, en suspension entre deux mondes, entre l’heure de Paris et celle de Bombay.

A notre arrivée en Inde, il nous faut remplir le petit papier qui sera dûment tamponné plus tard, passer les contrôles épiques où hommes et femmes font la queue séparemment, patienter face aux incompréhensions inévitables, faire passer nos bagages dans le désordre au scanner. Il est environ une heure du matin et il est temps d’embarquer à nouveau. Il nous reste encore 2h30 de vol. Nous bouclerons ainsi les 23 heures de voyage.

A Colombo, d’autres contrôles, d’autres files d’attente, le change de nos euros en roupies éprouvent notre patience et notre fatigue. Nous faisons la connaissance du reste du groupe. Nous sommes dix. Nous allons passer quasiment tout notre temps ensemble au cours des dix prochains jours. On est déjà mercredi et nous n’avons pas vraiment dormi. Le mini-bus nous emmène pour 4 heures 30 de route vers la chambre d’hôtes à Hingurakgoda, au centre nord de l’île. On dort comme on peut. Nous ne sommes pas égaux face au sommeil. Certains plongent de suite, d’autres par intermittence, le reste ne dormira pas ou presque.

Une chaleur moite nous colle à la peau. Elle ne nous quittera pas de tout le séjour comme le besoin de nous rafraîchir. Nous découvrons les sites archéologiques et les temples qui jalonnent tout notre parcours, les nombreux petits singes, macaques et hanoumans, qui gambadent sur les sites, dans les arbres, à l’affût d’une banane, d’un fruit. Bouddha est omniprésent et son culte est fervent dans tout le Sri Lanka. Les statues de Bouddha en position du lotus, debout ou allongé, nous apprennent l’importance de la position de ses mains ou de ses pieds, de la présence de la flamme de vie qui le couronne ou non. Ces signes nous indiquent ce qu’il veut nous dire, s’il est vivant ou mort. Les 2200 marches du Rocher du Lion inaugurent nos premiers efforts physiques et nous révèlent la merveilleuse fresque des demoiselles. Je n’irai pas jusqu’en haut, trop chaud ! trop de marches !

La beauté de la nature du Sri Lanka nous est révélée au cours des randonnées. Les arbres gigantesques sont impressionnants, fromager, teck, mara, kapok, hévéa… les oiseaux de toutes les couleurs, la merveille de l’oiseau de paradis, blanc avec sa queue enrubannée, les plantations de thé parsemées de cueilleuses tamouls, les rizières, les écrins vert tendre si caractéristique jalonnent notre chemin.

Les épices abondent dans la médecine ayurvédique millénaire et dans la cuisine. Gingembre, curcuma, curry, cardamome, poivre, noix de muscade, anis, piment, clous de girofle, cannelle… c’est un plaisir de goûter tous les plats aux légumes inconnus dont certains nous laissent les lèvres et le palais en feu, les hoppers, ces crêpes très fines aux bords relevés et le riz blanc ou rouge, en galette en boule ou en vrac.

Nous irons à la recherche des éléphants en liberté que nous découvrirons en troupeau au bord de l’eau, adultes et petits. J’ai le coeur serré, trop de 4×4. Les moteurs nous lâcheront enfin dans le silence d’une fin d’après-midi pour laisser la magie opérer. Au retour à la nuit tombée, nous croiserons sur la route deux énormes mâles prêts à traverser, quelques autres dans les prairies, masses impressionnantes et tellement surprenantes si près de la circulation.

Mes tongs m’ont lâchées mais j’en trouverai une autre paire au détour d’une balade, près d’un temple. Notre guide Arosha est gentil mais nous mène tambour battant sur des lieux trop touristiques à notre goût. J’aspire à plus de temps et de tranquillité. Après quelques jours, la détente viendra avec la découverte de Nuwara Iliya, petite ville montagneuse et fraîche au centre de l’île, une balade dans un petit marché local à Opanayaka sous une chaleur torride et enfin au bord de l’océan Indien à Beruwela, dernière étape de notre périple.

Nous découvrons avec joie les cinghalais, ethnie majoritaire au Sri Lanka, accueillants et souriants, leurs modestes maisons soignées et fleuries, leurs offrandes apportées au temple, les échoppes au bord de la route, la circulation des tuk-tuks, le son des klaxons, les chiens jaunes sans crainte de la circulation, la conduite à gauche… Les fleurs sont partout, lotus, nénuphars, hibiscus, frangipaniers et tant d’autres dont j’ai oublié le nom. Elles nous accueillent tous les matins. Juan, l’assistant de notre guide, nous en offre une fleur différente chaque jour. La plus grande cérémonie aura lieu pour nous au superbe temple de Kandy où est conservée et vénérée la dent de Bouddha. C’était la veille de la pleine lune, Poya, fêtée chaque mois. Une belle émotion m’a emportée devant les monceaux de fleurs déposées sur les tables et la présence de tous les pèlerins vêtus de blanc dans ce lieu sacré. Plus tard, nous aurons la chance de prendre part à une cérémonie modeste dans un petit temple niché au creux d’un vallon. Nous ferons les offrandes et tiendrons ensemble le fil blanc, bénis et reliés par la prière du moine. Et vous savez quoi ? Là bas, la Lune se balance couchée sur le dos comme une invitation à rêver.

C’est fini. Impossible de tout raconter, les souvenirs se distillent, s’évaporent et reviennent. Je ne sais presque rien du Sri Lanka. Cela vous aura faire rêver, donné envie d’aller découvrir vous-même la perle de l’océan indien. Une dernière virée en barque pour observer la mangrove et apercevoir un ou deux crocodiles. Nous rembobinons le temps dans l’autre sens. Nous faisons le même chemin à l’envers. Nous verrons les mêmes aéroports, les mêmes contrôles, les mêmes files d’attente avec un air de déjà vu qui nous rassure et nous guide vers le retour à notre vie. Nous nous disons au revoir. Nous allons bientôt reprendre le fil de notre quotidien, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

Je ne suis plus la même depuis que j’ai vu l’éclat de la lune de l’autre côté de la Terre. Mary Anne Radmacher

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A très bientôt. Christine